
Rudyard Kipling (1865-1936) est un écrivain britannique. Il est réputé pour être un «prophète de l’impérialisme britannique ». Kipling reçoit en 1907 le prix Nobel de la littérature, il est le premier et le plus jeune britannique à le recevoir.
Kipling est en faveur de la colonisation et reprend l’idée répandue du manque d’éducation et de civilisation des indigènes. Selon Kipling, l’Homme blanc a l’obligation et la charge de les instruire, en s’exposant à de nombreux périls (le fardeau).
« Fardeau de l’Homme blanc »
Envoie au loin ta génération choisie,
Jette tes fils dans l’exil,
Pour servir les besoins de tes captifs,
Pour, bien harnachés, veiller
Sur les peuples sauvages, errants,
Tes peuples récemment conquis,
Mi-diables, mi-enfants.
O Blanc, reprends ton lourd fardeau,
Pour dans la patience demeurer,
Pour voiler la menace de la terreur,
Réprimer ce spectacle de fierté,
Par des paroles ouvertes et simples,
Maintes fois prononcées,
Pour veiller au profit d’un autre,
Et, pour lui, travailler.
O blanc, reprends ton lourd fardeau,
Les sauvages guerres de la paix
Nourris la bouche de la famine
Fais la maladie cesser ;
Et lorsque tu toucheras au but
Que pour ces autres tu désires
Regardes les indigents et les païens
Par leur folie tous tes espoir anéantir
O Blanc, reprends ton lourd fardeau :
Non pas quelque œuvre royale,
Mais un travail de serf, de tâcheron,
Un labeur commun et banal.
Les portes où nul ne t’invite,
Les routes dont tu ne t’approches,
Va, construis-les de ta vie,
Marque-les de tes morts.
O Blanc, reprends ton lourd fardeau ;
Tes récompenses sont dérisoires :
Le blâme de ceux que tu ne veux qu’aider,
La haine de ceux sur qui tu veilles.
Les cris de ceux que tu assistes
Que tu guides (ô, doucement !) vers la lumière :
« Pourquoi nous délivrer de nos liens,
Chère nuit égyptienne ? »
O blanc, reprends ton lourd fardeau ;
N’ose pas courber le dos sous un poids moins rude,
Ni appeler trop fort la liberté
Pour déguiser ta lassitude ;
Par tous tes murmures et toutes les larmes,
Part tes actions, tes omissions,
Les peuples silencieux et maussades
Tes dieux et toi t’écraseront.
O Blanc, reprends ton lourd fardeau,
Abandonne les voies de l’enfance
Le laurier négligemment offert,
La facile louange de complaisance.
Viennent maintenant, pour trouver ta maturité,
Après toutes ces années d’ingratitude,
Froid, aiguisés de sagesse durement acquise,
Tes semblables qui te jugent !
Rudyard KIPLING, The White Man’s Burden, Poème, 1899
Le poème “ le fardeau de l’Homme blanc “ est composé de sept strophes.
Le “fardeau” symbolise les populations et le devoir en lui-même de les instruire. Il exprime l’obligation des occidentaux de les éduquer. Les Européens estiment être porteurs de civilisation, c’est pour cela qu’ils s’attribuent le rôle de maître. Kipling s’adresse directement au lecteur en le tutoyant « ta génération », « tu toucheras au but », « tes espoirs » pour le sensibiliser et ainsi il se sent immédiatement concerné par ce fardeau.
Kipling parle des indigènes en tant que « mi-diable, mi-enfant » pour montrer leur brutalité et leur ignorance. Il expose tout ce que l’Homme blanc apporte aux populations natives ; la paix « les sauvages guerres de paix », la nourriture « nourrir la bouche de la famine » et « fais la maladie cesser» accentué par une inversion.
Il rappel tout au long du poème, par une apostrophe « o Blanc, reprend ton lourd fardeau », le devoir est répété six fois à chaque début des six derniers paragraphes.

On peut penser que Kipling veuille avertir les Américains des sommes colossales qu’ils vont devoir investir dans la colonisation. Par ailleurs, l’homme américain est reconnaissable sur cette affiche grâce à son chapeau et à son pantalon qui font références aux couleurs du drapeau des Etats-Unis d’Amérique. Les deux Hommes blancs entrain de monter sur un amas de pierre, portent sur leur dos deux types d’indigènes : les orientaux et les africains. Les deux individus ont une allure fatiguée, avec des vêtements en lambeau, ce qui représente sans doute le risque prévenu par Kipling en continuant l’impérialisme. C’est à cela en théorie que mène le fardeau de l’Homme blanc.

Sur cette affiche de life magazine publiée en 1899, nous voyons que la mise en pratique est différente de la théorie. Sur cette image, les rôles sont inversés. Ce sont les indigènes qui portent les Hommes blanc sur leurs épaules. Ils sont épuisés, ce qui est montré par leur position mi-debout. La supériorité des Blancs est montrée par leur grande taille.