Présentation du site

Ce site a été créé par Maud ASLAN et Marjorie PETIT. Etant des lycéennes en classe de première littéraire, il nous a été demandé d’effectuer un TPE (travaux personnels encadrés). Nous avons choisis comme sujet “Clémenceau et l’anticolonialisme”. Nous devons présenter un oral, que nous ferons sous la forme d’une exposition. Ce site internet représente donc le site de l’exposition que nous allons présenter lors de notre oral. 

Introduction

La politique coloniale française, jusqu’en 1880, avait pour but de convertir les peuples indigènes au catholicisme et permettait de créer des escales pour les marins. Cette politique coloniale s’interrompt de 1871 à 1880. Gambetta reprend les expéditions coloniales en 1880 avec l’occupation de la Tunisie. Ferry prend le relais et devient le principal adversaire de Clémenceau. A partir de 1865, Clémenceau séjourne aux Etats-Unis pendant 4 ans. En 1876, il devient député de Paris à la tête du groupe parlementaire de Gauche.

Pendant cette période Clémenceau se bat principalement contre l’expansion coloniale. En quoi le combat de Clémenceau contre la colonisation montre qu’il est à contre courant des idées de son époque ? Nous verrons dans un premier temps le contexte et les idées de l’époque. Ensuite, nous montrerons que l’opposition de Clémenceau à cette colonisation est contradictoire avec les mentalités de l’époque.  Et pour finir, nous étudierons l’influence de ses discours et la réputation qu’il se construit.

La supériorité de l’Homme blanc

La principale idée de l’époque concerne la supériorité de l’Homme blanc sur les peuples qui sont considérés comme inférieurs ; d’abord l’Homme blanc aurait un devoir de mission civilisatrice au près des indigènes. De plus, les Européens veulent inculquer à la population jaune et noire le christianisme.

Jules Ferry, président du conseil de 1883 à 1885, est l’un des plus importants partisans du colonialisme. Selon lui « les races supérieurs ont un droit vis-à-vis des races inférieurs. Il y a pour elles un droit parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont un devoir de civiliser les races inférieures… ». L’Europe semble donc être le symbole de la civilisation, idée très partagée en France comme en Angleterre, Empire colonial le plus puissant. Les Européens se croient envoyés par Dieu pour instruire les indigènes. Pour ce faire, ils estiment devoir les dominer, et donc les coloniser.

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Le Congo était l’unique colonie Belge dans les années 30. Ce pays était une mine d’or car il avait un sol très riche, de plus c’est un grand territoire par rapport à la Belgique. Les colons avaient des façons cruelles de traiter ce peuple, tel que le travail forcé et le massacre des populations. A cette époque, la main d’œuvre manque, les Belges essaient alors de faire de la publicité pour que la population parte travailler au Congo. Dans l’extrait de la bande dessinée d’Hergé Les aventures de Tintin, reporter du « Petit Vingtième », au Congo parue en 1930, nous pouvons découvrir une vision des Européens à cette époque, émaillées de stéréotypes raciste.

En effet, cet extrait essaie par plusieurs allusions de dénigrer les populations africaines. Tintin représente l’Homme européen civilisé par son habit qui symbolise le colon. Les indigènes portent également des habits occidentaux, mais de façon ridicule : dans la vignette 1, un homme noir porte une cravate et des manchettes sur son torse nu. Dans la même vignette, une femme porte un manteau de fourrure avec un chapeau à plume, ce qui contraste avec le climat du pays. Dans la vignette 2, la veste à épaulette de l’homme est en décalage avec son short. Le vocabulaire ainsi que  le comportement de Tintin est très autoritaire. Il utilise de nombreuses phrases exclamatives, des impératifs et des injonctions « silence ! » « Au travail, vite ! »… Sa posture avec les mains sur les hanches renforce l’image de l’Homme supérieur. De plus, le chien parle avec un niveau de langage familier « tas de paresseux ». Les clichés de l’époque confirment l’infériorité du peuple indigène : leurs traits du visage comme la bouche sont accentués.

Cet exemple de planche de bande dessinée reflète en image les clichés et les préoccupations européennes s’abritant derrière une mission civilisatrice, en réalité fondée sur une forme de mépris.

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Cette image est une première de couverture du journal intitulé « le Petit Journal », publié en 1911. Elle illustre bien la manière de penser de la grande majeure partie de la population française de l’époque.

En effet, nous  pouvons observer une femme au centre, avec un bonnet phrygien, une robe rayée d’une bande rouge et d’une bande bleue : elle représente la France. Elle a une stature imposante, elle se tient droite, debout, sûre d’elle. Contrairement à cette femme, les hommes noirs sont vêtus d’habits simples et pauvres. Le peuple marocain se situe au dessous d’elle, assis ou courbé,  ce qui symbolise  leur infériorité. Un soleil irradie sa chevelure et son noble port de tête telle une sorte d’auréole qui connote, sa grandeur d’âme et sa bienveillance. Cette allégorie de la France porte une corne d’abondance et verse de l’or aux indigènes : ce geste symbolise les dons des colonies qui enrichissent les pays colonisés. De plus, le bonnet phrygien représente la paix : les colonies apportent donc également la paix.

La légende située sous le dessin « la France va pouvoir porter librement au Maroc la civilisation la richesse et la paix » traduit l’esprit de  la plupart des Français pendant cette période.

Extrait de Le  tour de la France par deux enfants, cours moyen par G.Bruno

Au 19ème siècle, la supériorité de l’Homme blanc était enseignée dès les classes primaires. Tel que le montre cet extrait de livre d’écolier, les hommes étaient classés en fonction de leur « race ». Leur couleur de peau et leurs caractéristiques physiques décrites souvent avec un trait un peu forcé « « très noire… crépus …écrasé »déterminaient la hiérarchie des races. Les enfants étaient donc amenés à croire en la supériorité de l’homme européen dès leur plus jeune âge, en lisant des expressions mélioratives telle « la plus parfaite des races » avec un superlatif évocateur de cette théorie.

Le poème d’El Hajj Ommar

El Hajj’Ommar,

“Le soleil du désastre s’est levé à l’Occident,
Embrassant les hommes et les terres peuplées (…)
La calamité chrétienne s’est abattue sur nous
Comme un nuage de poussière.
Au commencement, ils arrivèrent
Pacifiquement,
Avec des propos tendres et suaves.
“Nous venons commercer, disaient-ils,
Réformer les croyances des hommes,
Chasser d’ici-bas l’oppression et le vol,
Vaincre et balayer la corruption.”
Nous n’avons pas tous perçu leurs intentions
Et maintenant nous voilà leurs inférieurs.
Ils nous ont séduits à coups de petits cadeaux
Ils nous ont nourris de bonnes choses. …
Mais ils viennent de changer de ton.”

Le poète El Hajj’ Ommar a vécu au nord du Ghana. Son peuple a été colonisé. Il a donc écrit un poème afin de dénoncer la brutalité des colonisateurs. Au vers 2, « la calamité chrétienne » est une métaphore pour critiquer les colonisateurs, venus dans le but d’étendre leur religion. Au vers 6,  le rejet de l’adverbe « pacifiquement »  met en valeur le fait que les colonisateurs étaient d’abord arrivés en paix. Le discours indirect des vers 6 au vers 11 justifie la venue des colonisateurs : ils ne sont ici que pour de bonnes actions. Le discours contraste avec leurs réelles intentions, que le poète fait rimer avec « corruption » au vers 11. Les colonisateurs jugent ce peuple inférieur. Le poète souligne cette idée grâce à l’allitération en « r » au vers 13. Les vers 14 et 15 expliquent les premières intentions des Européens, à savoir leur donner des cadeaux, les nourrir « de bonnes choses ». Cependant, la conjonction de coordination « mais » du dernier vers montre le renversement de situation. Ce dernier vers contredit toutes les premières intentions des colonisateurs. Ils sont devenus brutaux.

Enjeux de la colonisation pour l’Homme Blanc

1.                  But religieux :

Les membres de sociétés missionnaires encouragent les explorations. En effet, leurs membres veulent évangéliser les indigènes et lutter contre l’esclavage. L’Europe est la plus grande puissance économique ; les européens ont donc le sentiment de devoir guider les peuples des autres continents.

Mais parfois cette volonté de civiliser est sincère et repose sur de bons sentiments. Ils soutiennent la supériorité de leur institution (démocratie libérale), qu’ils veulent partager avec ceux qui ne connaissent pas cette doctrine. L’Homme blanc doit alors remplir une mission et propager la civilisation, c’est-à-dire celle de l’Europe, parmi les races inférieures, chez les sauvages.

2.                  But stratégique :

Mais la colonisation a surtout un but stratégique pour de grandes puissances telles que le Royaume-Uni et la France.  Ces puissances essaient de dominer les routes maritimes pour leurs possessions d’outre-mer. C’est pour cela qu’il est nécessaire d’établir sur les côtes des points de réapprovisionnements (eau, nourriture, charbon pour les bateaux à vapeur). Ensuite, ces zones de réserve servent de points de départ pour l’exploration de l’intérieure. « Une marine comme la notre ne peut se passer sur la surface des mers, d’abris solides, de défenses, de centre de ravitaillements » Jules Ferry.

3.                  But économique :

L’apport de matière première est l’une des principales raisons qui pousse les Européens à coloniser. Ils se procurent  du coton en Inde et Egypte, des arachides, des fruits exotiques, et du bois précieux dans les pays tropicaux.

Mais les pays tempérés sont aussi exploités pour les minéraux non ferreux (Nouvelle Calédonie et le nickel) et pour la culture des céréales (le blé au Canada, Australie et Afrique du sud).

Kipling et le fardeau de l’Homme blanc

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Rudyard Kipling (1865-1936) est un écrivain britannique. Il est réputé pour être un «prophète de l’impérialisme britannique ». Kipling reçoit en 1907 le prix Nobel de la littérature, il est le premier et le plus jeune britannique à le recevoir.

Kipling est en faveur de la colonisation et reprend l’idée répandue du manque d’éducation et de civilisation des indigènes. Selon Kipling, l’Homme blanc a l’obligation et la charge de les instruire, en s’exposant à de nombreux périls (le fardeau).

« Fardeau de l’Homme blanc »

 

Envoie au loin ta génération choisie,

Jette tes fils dans l’exil,

Pour servir les besoins de tes captifs,

Pour, bien harnachés, veiller

Sur les peuples sauvages, errants,

Tes peuples récemment conquis,

Mi-diables, mi-enfants.

 

O Blanc, reprends ton lourd fardeau,

Pour dans la patience demeurer,

Pour voiler la menace de la terreur,

Réprimer ce spectacle de fierté,

Par des paroles ouvertes et simples,

Maintes fois prononcées,

Pour veiller au profit d’un autre,

Et, pour lui, travailler.

 

O blanc, reprends ton lourd fardeau,

Les sauvages guerres de la paix

Nourris la bouche de la famine

Fais la maladie cesser ;

Et lorsque tu toucheras au but

Que pour ces autres tu désires

Regardes les indigents et les païens

Par leur folie tous tes espoir anéantir

 

O Blanc, reprends ton lourd fardeau :

Non pas quelque œuvre royale,

Mais un travail de serf, de tâcheron,

Un labeur commun et banal.

Les portes où nul ne t’invite,

Les routes dont tu ne t’approches,

Va, construis-les de ta vie,

Marque-les de tes morts.

 

O Blanc, reprends ton lourd fardeau ;

Tes récompenses sont dérisoires :

Le blâme de ceux que tu ne veux qu’aider,

La haine de ceux sur qui tu veilles.

Les cris de ceux que tu assistes

Que tu guides (ô, doucement !) vers la lumière :

« Pourquoi nous délivrer de nos liens,

Chère nuit égyptienne ? »

 

O blanc, reprends ton lourd fardeau ;

N’ose pas courber le dos sous un poids moins rude,

Ni appeler trop fort la liberté

Pour déguiser ta lassitude ;

Par tous tes murmures et toutes les larmes,

Part tes actions, tes omissions,

Les peuples silencieux et maussades

Tes dieux et toi t’écraseront.

 

O Blanc, reprends ton lourd fardeau,

Abandonne les voies de l’enfance

Le laurier négligemment offert,

La facile louange de complaisance.

Viennent maintenant, pour trouver ta maturité,

Après toutes ces années d’ingratitude,

Froid, aiguisés de sagesse durement acquise,

Tes semblables qui te jugent !

Rudyard KIPLING, The White Man’s Burden, Poème, 1899

Le poème “ le fardeau de l’Homme blanc “ est composé de sept strophes.

Le “fardeau” symbolise les populations et le devoir en lui-même de les instruire. Il exprime l’obligation des occidentaux de les éduquer. Les Européens estiment être porteurs de civilisation, c’est pour cela qu’ils s’attribuent le rôle de maître. Kipling s’adresse directement au lecteur en le tutoyant « ta génération », « tu toucheras au but », « tes espoirs » pour le sensibiliser et ainsi il se sent immédiatement concerné par ce fardeau.

Kipling parle des indigènes en tant que  « mi-diable, mi-enfant » pour montrer leur brutalité et leur ignorance. Il expose tout ce que l’Homme blanc apporte aux populations natives ; la paix « les sauvages guerres de paix », la nourriture « nourrir la bouche de la famine » et «  fais la maladie cesser» accentué par une inversion.

Il rappel tout au long du poème, par une apostrophe « o Blanc, reprend ton lourd fardeau », le devoir est répété six fois à chaque début des six derniers paragraphes.

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On peut penser que Kipling veuille avertir les Américains des sommes colossales qu’ils vont devoir investir dans la colonisation. Par ailleurs, l’homme américain est reconnaissable sur cette affiche grâce à son chapeau et à son pantalon qui font références aux couleurs du drapeau des Etats-Unis d’Amérique. Les deux Hommes blancs entrain de monter sur un amas de pierre, portent sur leur dos deux types d’indigènes : les orientaux et les africains. Les deux individus ont une allure fatiguée, avec des vêtements en lambeau, ce qui représente sans doute le risque prévenu par Kipling en continuant l’impérialisme. C’est à cela en théorie que mène le fardeau de l’Homme blanc.

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Sur cette affiche de life magazine publiée en 1899, nous voyons que la mise en pratique est différente de la théorie. Sur cette image, les rôles sont inversés. Ce sont les indigènes qui portent les Hommes blanc sur leurs épaules. Ils sont épuisés, ce qui est montré par leur position mi-debout. La supériorité des Blancs est montrée par leur grande taille.

Conclusion de la partie I

L’idée de l’époque, partagée par la majorité des européens, est la supériorité de l’Homme blanc sur les peuples de couleur. Cette idée est diffusée par l’intermédiaire d’affiches, invitant les européens à coloniser. Les européens justifient la colonisation par plusieurs propos ; pour un but religieux, stratégique et économique. Elle est considérée comme un devoir que les européens doivent effectuer.

Cependant, alors que toute une nation est pour la colonisation, Clémenceau s’oppose et va à l’encontre de ces idées.

L’origine de l’opposition de Clémenceau aux colonies

Georges Clémenceau est née le 28 septembre 1841 en Vendée. Il né d’une ancienne famille bourgeoise protestante. Son père est médecin et transmet à George les idées révolutionnaires et la haine contre la monarchie. Clémenceau étudie la médecine. Il est républicain et se fait donc souvent arrêté.  Il défend le droit de grève et part en guerre contre l’inégalité sociale. Il possède une éloquence agressive nourrit de formules percutantes.

En 1865, il obtient une thèse de médecine et part pour New York en septembre. Il y donne des cours de français et d’équitation à de jeunes filles.

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Clémenceau pendant son voyage aux Etats-Unis (de 1865 à 1870), fait deux découvertes ; celle d’une politique étrangère et celle du racisme et de l’esclavage.  Cette deuxième découverte est ce qui va déclencher chez en lui l’envie de lutter contre cette injustice. Clémenceau écrit de façon très personnelle, dans ses lettres,  qu’il publie dans Temps ce qu’il pense que ces découvertes.

Dans les lettres qui concernent l’esclavage des noirs, Clémenceau dit que la devise « Liberté, Egalité, Fraternité » doit être appliquée :

« Que les Noirs aient bientôt le droit de vote, du moment que l’esclavage est aboli, cela ne fait de doute pour personne. Cela doit être et cela sera »  (Le Temps, 10 janvier 1866).

Mais Clémenceau, lui, depuis 1848 est habitué au suffrage universel. Clémenceau s’étonne que seulement une partie de la population, les Blancs, puissent voter :

« Je remarque que dans toutes les discussions, il n’est point question de suffrage universel ; on veut laisser à chaque État le droit de réglementer le droit électoral ; on veut seulement que, dans cette réglementation, il ne soit point fait de distinction entre noirs et blancs […] Mais les règles les restrictions au suffrage doivent être, dans sa pensée, les mêmes pour tout le monde. Il y a beaucoup de petits blancs dans les États du Sud qui ne sont pas plus capables d’exercer des droits électoraux que les noirs les plus abrutis » (Le Temps, 11 octobre 1865).

Il est étonné que la population noire n’ait pas le droit à la citoyenneté américaine, il expose ça comme un devoir de la leur donner :

« L’occasion est unique, en effet, pour régler cette question tant controversée de la couleur et de faire disparaître à jamais les derniers vestiges de l’esclavage. Égalité absolue de tous les citoyens, sans exception, devant la loi » (Le Temps, 29 janvier 1867).

Clémenceau est révolté en découvrant l’esclavage et le racisme, il  revendique l’universelle humanité :

« Cette guerre des races est une vieille affaire ; elle a commencé le jour où un homme blanc s’est approprié un homme noir. […] Oui sans doute, il y a une guerre de races : mais qui l’a commencée ? Et qui la poursuit ? » (Le temps, 29 novembre 1867)

Clémenceau est désormais définitivement clair sur les valeurs qu’il soutient, celle de l’égalité des races. Plus tard, il en fera son célèbre discours prononcé à la chambre « race inférieures, races supérieures » contre Jules Ferry, le 30 juillet 1885.

Les lettres de Clémenceau montrent qu’il est pour que la citoyenneté soit donnée aux esclaves noirs. Il insiste sur l’apprentissage de cette citoyenneté.

« Si les Noirs veulent être les égaux des Blancs, qu’ils le deviennent. Les dernières barrières sont maintenant tombées qui gênaient leur libre expansion. Ils ont le droit au travail dans les mêmes conditions que les Blancs, qu’ils travaillent ; ils ont enfin les droits civils et politiques, qui est une arme efficace et puissante, qu’ils se défendent […].Ils sont des affranchis, qu’ils deviennent des hommes » (Le Temps, 23 novembre 1869).

Discours du 30 juillet 1885

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Le 30 juillet 1885, George Clémenceau prononce un discours dans lequel il condamne plus que jamais la politique d’expansion coloniale de Jules Ferry. Il explique son point de vue en s’appuyant sur de nombreux arguments, tous plus convaincants et plus pertinents les uns que les autres.

Dès le début de son discours, Clémenceau montre son hostilité à la colonisation : « Messieurs, à Tunis, au Tonkin, dans l’Annam, au Congo, à Obock, à Madagascar, partout et ailleurs, nous avons fait, nous faisons et nous ferons des expéditions coloniales ; nous avons dépensé beaucoup d’argent et nous en dépenserons plus encore ; nous avons fait verser beaucoup de sang français et nous en ferons verser encore. ». Clémenceau énonce alors deux arguments fondamentaux en faveur de la décolonisation : le problème financier et le nombre de pertes françaises.

Il est vrai que le gouvernement dépense énormément d’argent dans les expéditions. Jules Ferry défend l’idée que la colonisation est un moyen économique d’avoir de nouveaux consommateurs et de nouveaux débouchés, ce qui favorise les relations commerciales. La très grande majorité de la France pensait comme Ferry. Clémenceau a été le seul à contredire véritablement Jules Ferry. Pour lui, l’argument économique de Ferry n’était pas valable. En effet, les colonies sont extrêmement coûteuses. Dans son discours, Clémenceau s’explique : « La Cochinchine est inscrite au budget pour une somme de 3 235 640 francs. […] les chiffres parlent ; […] on comprend que nous avons dépensé des centaines de millions, que nous faisons une dépense annuelle de 11 millions pour permettre aux Anglais et aux Chinois d’aller commercer en Cochinchine, tandis que les Français se bornent […] à y transporter quelques produits. ». Ainsi, avec toutes ces précisions chiffrées, il prouve que la colonisation n’a aucun avantage économique, puisqu’elle coûte plus qu’elle ne rapporte. De plus, des milliers de Français trouvent la mort durant les colonisations, ce qui entraîne une perte de milliers de consommateurs.

La colonie était défendue pour son aspect humain : les Européens avaient un devoir de civilisation. Ils se devaient de civiliser les « races inférieures ». A cette époque, les Français ne se posaient pas la question de savoir si la colonisation était quelque chose de bien ou de mal ; pour eux, c’était normal, il était tout à fait naturel de coloniser les peuples indigènes.

De plus, Ferry prônait cet argument de la hiérarchie des races : « Les races supérieures ont sur les races inférieures un droit […] un devoir de civilisation ». Georges Clémenceau reste une nouvelle fois seul face à cette idée, soutenue par Ferry. Il est le seul, à cette période, à ne pas croire à la hiérarchie des races supérieures et inférieures. La partie la plus célèbre de son discours, ponctué de questions oratoires ou d’exclamatives, correspond à son argument contre Ferry sur la hiérarchie des races. « Races supérieures ? Races inférieures, c’est bientôt dit ! Pour ma part, j’en rabats singulièrement depuis que j’ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande parce que le Français est d’une race inférieure à l’Allemand. Depuis ce temps, je l’avoue, j’y regarde à deux fois avant de me retourner vers un homme et vers une civilisation, et de prononcer : homme ou civilisation inférieurs. Race inférieure, les Hindous ! Avec cette grande civilisation raffinée qui se perd dans la nuit des temps ! Avec cette grande religion bouddhiste qui a quitté l’Inde pour la Chine, avec cette grande efflorescence d’art dont nous voyons encore aujourd’hui les magnifiques vestiges ! Race inférieure, les Chinois ! Avec cette civilisation dont les origines sont inconnues et qui paraît avoir été poussée tout d’abord jusqu’à ses extrêmes limites. Inférieur Confucius ! En vérité, aujourd’hui même, permettez-moi de dire que, quand les diplomates chinois sont aux prises avec certains diplomates européens… (rires et applaudissements sur divers bancs), ils font bonne figure et que, si l’un veut consulter les annales diplomatiques de certains peuples, on y peut voir des documents qui prouvent assurément que la race jaune, au point de vue de l’entente des affaires, de la bonne conduite d’opération infiniment délicates, n’est en rien inférieure à ceux qui se hâtent trop de proclamer leur suprématie. » La présence d’interrogations et d’exclamations attire l’attention de l’assistance dès le début de son discours. En 1870, les Allemands avaient justifié leur invasion en utilisant des arguments raciaux montrant l’infériorité de la France. La hiérarchie des races est donc absurde et inepte puisque les Français l’on subie. Ils savent donc ce que cela provoque de se faire envahir par un pays, sous prétexte qu’ils sont inférieurs.

Durant cette époque, un pays conquérant était un pays puissant possédant une hégémonie incontestable. Ferry affirme que « c’est une série d’expéditions guerrières […] profitables à la nation conquérante. ». Les colonisations sont indéniablement synonymes de puissance. Cependant, Clémenceau trouve un argument afin d’essayer de changer l’opinion publique : « Il convient peut-être, avant de se lancer dans des conquêtes lointaines […] de biensassurer qu’on a le pied solide chez soi, et que le sol national ne tremble pas. » Il veut prouver par la présence de modalisateurs qu’il est préférable de s’occuper d’abord de son pays avant de vouloir étendre son territoire. La politique étrangère place au second plan la politique intérieur. Les politiciens sont davantage préoccupés par ce qui se passe à l’étranger que dans leur propre Etat.

Conclusion de la partie II

Son voyage aux Etats-Unis lui a permis de découvrir la cruauté de l’esclavage et de la ségrégation raciale. Ce voyage a entrainé son combat contre le colonialisme et par conséquent contre Jules Ferry. Le 30 juillet 1885, Clémenceau prononce un discours condamnant la politique coloniale de Jules Ferry. Même si ce discours est applaudi par quelques politiciens, Clémenceau reste seul à s’opposer véritablement à la colonisation.

Les discours de Clémenceau ont influé sur sa réputation et sur le ministère de Ferry.

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